Mur d’enceinte et tours de Damas

 

 

 

Localisation : mur d’enceinte entourant la ville intra-muros sur environ 4,5km avec de nombreuses interruptions et huit portes[1].

 

 

Réf :

Humphrey’s (1977)

Meinecke (1992), 9B/7, 9C/152, 9C/238, 24B/5, 24B/8

Sack (1989), 1.14, 1.50, 2.16

Sauvaget (1949), p.314-358

Wulzinger & Watzinger (1924), D6.1, I7.3

 

RCEA 5291

 

 

 

Historique

 

Périodes antérieures

Le rempart antique, constitué de gros blocs encore visibles, était percé de sept portes toutes dédiées à une divinité, certaines portes actuelles sont des portes antiques constamment modifiées (Bâb Sharqî et Bâb al-Jabîya par exemple)[2].

Aux premiers siècles de l’Islam, le mur d’enceinte connaît des destructions et des restaurations continues, mais difficiles à prouver par manque d’indices. La ville retrouve une certaine grandeur avec les Seljukîdes, ce qui entraine son développement et son extension au-delà de ses murs[3].

En 1154 Nûr al-Dîn entre dans la ville et entreprend de nombreux travaux de restaurations afin de réparer les dégâts consécutifs au séisme de 1140 qui a secoué la région, et au siège croisé de 1148. Il commence par améliorer les défenses de la ville, en renforçant les points faibles, en murant certaines portes, et en dotant le mur d’enceinte de tours (burj) semi-circulaires à base carrée. Un exemplaire de cette tour, datée 569/1173 est bien conservée sur le front ouest (T18 et ill.2, 3)[4], elle est caractéristique des travaux de Nûr al-Dîn sur le rempart de Damas, il reste plusieurs autres exemplaires en mauvais état le long du mur sud-ouest et est (T04, T06, T13, T14, T15, T16, T17 et ill.6, 12).

Ainsi entre 1154 et 1174 le système défensif de la ville est entièrement repensé avec, en plus,  l’ajout de barbacanes (bashura) à l’avant de certaines portes[5], et l’extension du front nord jusqu’au Barada. Cette extension semble confirmée par le nom du quartier Harât Bain al-Surain, ‘entre les deux remparts’ (ill.7, 8, 9, 10).

 

Période Ayyûbide

Après Nûr al-Dîn, Saladin (564/1169-589/1193) et ses successeurs Ayyûbides entreprennent des travaux de restaurations et de modernisation du système de défense de la ville. Saladin généralise aussi l’usage des machines de jet (trébuchet)[6] comme élément de défense supplémentaire de la ville.

Si le sultan ayyûbide al-‘Adîl (592/1196-615/1218) se concentre essentiellement sur la citadelle,  il fait aussi élargir le fossé (khandâq) et construire un avant mur (fasil) qui est avéré par plusieurs inscriptions[7]. La plupart des portes sont encore modernisées sous al-Mu’azzam Isâ (615/1218-624/1227) et al-Nâsir Dâwûd (624/1227-635/1237). Elles sont équipées de bretèches, de machicoulis et de herses[8]. Le rempart (sûr) est aussi concerné par une série de travaux de renforcement[9]. Au même moment, des tours rectangulaires sont élevées a des points stratégiques du mur d’enceinte, une de ces tours a été retrouvée au sud-est[10] (T05), elle est datée par une inscription d’al-Mu’azzam Isâ ; l’autre, dite tour al-Sâlih Ayyûb, se dresse à l’angle nord-est (T03 et ill.4, 5), elle est datée par une inscription de 646/1248[11]. Cette dernière se présentait, avec ses éléments défensifs et sa plate-forme pouvant accueillir des machines de jet, comme un outil de défense très moderne pour l’époque.

D’autres destructions sont mentionnées suite à l’attaque des Khwarizmiens, en 643/1245. Pendant le siège de la ville ils ont bombardés, avec des machines de jet, la partie sud-ouest de l’enceinte entre Bâb al-Jabîya et Bâb al-Saghîr.

 

Période Mamluk

Déjà bien réorganisé par les Ayyûbides, le mur et les portes de l’enceinte ne font pas l’objet de tant d’attention de la part des Mamluk. Ceux-ci se contentent de réparations de fortune, suite, notamment, aux violentes attaques extérieures des Mongoles (658/1260 et 699/1300) et surtout de Timur (800/1403).

La première attaque mongole a lieu en 658/1260, la citadelle est bombardée avec des machines de jet qui utilisent les pierres de la muraille endommagée comme munitions. Des restaurations de portes et de la muraille ont aussi lieu, plus tard, sous al-Zâhir Baybars (658/1260-676/1277).

Après la deuxième attaque mongole d’Ilkhân Ghazan en 699/1300, le sultan al-Nâsir Muhammad ordonne la réparation du mur, la tour élevée par Nûr al-Dîn sur le front ouest (T18, et ill.2, 3) est réparée en 710/1310. 

Pendant le long règne du gouverneur Saif al-Dîn Tankiz (de 712/1312 à 741/1340), d’importants travaux de restaurations et d’assainissements sont réalisés : en 723/1323 mention d’un renforcement du mur entre Bâb al-Jabîya et Bâb al-Saghîr, la contrescarpe ayyûbide est transformée en mur d’enceinte secondaire (des sources mentionnent le toponyme Bain al-surain, ‘entre les deux murs’, situé dans le quartier). A partir de 729/1329 des travaux de voirie permettent de dégager les rues longeant la muraille ouest et sud-ouest, ses travaux se terminent en 735/1334.

La tour Nûr al-Dîn (T18), déjà restaurée en 710/1310, sous al-Nâsir Muhammad subit de nouveau réparations en 792/1389.

En 795/1391 la révolte de Mintash, qui occupe le front ouest du mur d’enceinte, entraîne de nouveaux dégâts sur le mur.

La troisième grande attaque extérieure, celle de Timur en 803/1401, entraine des dommages sans précédents, le front nord réorganisé par Nûr al-Dîn (ill.7, 8, 9, 10), connaît une phase de restaurations qui s’étendrait aussi jusqu’au front ouest.

Des restaurations du mur d’enceinte sont aussi mentionnées en 903/1497 et 910/1514 sans plus de détails. On note aussi la présence d’un décret, peu lisible et non daté, gravé sur un bloc de la portion nord-est du mur, vers Bâb Tûmâ (W18.3 sur le plan, et ill.11).

On trouve également des édifices renforcés et percés de meurtrières qui servaient à la protection des portes et courtines, notammant sur le front N le long de la Barada, ils sont qualifiés de moulins fortifiés, non datés avec précision, ils dateraient du Moyen Age. Actuellement deux sont connus : le premier vers Bâb al-Salâm sur le cour du fleuve ; l’autre est couplé à Bâb al-Faraj, il a servi de fortification d’angle et de lien avec le mur qui joignait le mur d’enceinte de la ville à la tour nord-est de la Citadelle (ill.13).

 

Travaux actuels 

Aujourd’hui le mur d’enceinte est noyé dans les constructions modernes et sert aussi de fondations aux bâtiments modernes, il reste néanmoins de nombreuses parties visibles au nord, est et sud-ouest notamment, d’autres portions sont connues mais difficiles à étudier.

Des fouilles récentes ont permis de retrouver et d’identifier de nouvelles portions du mur,  ainsi les fouilles allemandes en 1999 et syriennes en 2004-2005 ont permis de retrouver une partie du mur d’enceinte au sud-est (ill.14, 15), et un sondage a été réalisé en 2009 à la base des tours au nord-est de l’enceinte  (ill.16, 17) [12].

 

 

 

Epigraphie

ca.710/1310. Inscription de restauration 3 lignes dans le parement de la tour Nûr al-Dîn[13].

« xxxx Cette tour a été reconstruite, après sa ruine, durant les jours de notre maître le sultan al-Malik al-Nâsir Nâsir al-dunyâ wa’l-Dîn Muhammad, fils du sultan al-Malik al-Mansûr Saif (al-Dîn), xxxx sur l’injonction de Sa Grandeur élevée Jamâl al-Dîn Aqqûsh al-Afram, lieutenant-général du sultanat magnifié à Damas la bien gardée, sous la surveillance de l’esclave avide de Dieu Ahmad, fils de ‘Abd al-Salâm ».

 

 

 

Bibliographie complémentaire :

Mouton (1994)

Will (1994), p.1-43

Degeorge (1997)

Guo (1998)

Braune (1999), p.67-85

Braune (2000), p.180-187

Chevedden (2000), p.71-116

el-Hage (2000)

Aigle (2003), p.57-85

Chevedden (2004), p.227-278

Korn (2004),

Amitai (2006), p.21-45

Dabbour (2006)

Dayoub (2006)

Massoud (2007)

Braune (2008), p.202-211

Mouton/Guilhot (2010), p.39-50

Dabbour (2012), p.23-41

Dayoub/Mouton (2012), p.185-203

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1/ plan de la ville avec le tracé de l’enceinte et les tours

 

2/ tour T18 Nûr al-Dîn

3/ tour T18 Nûr al-Dîn avec l’inscription de restauration

4/ front Nord-Est de l’enceinte avec la tour T03 al-Sâlih Ayyûb

5/ tour T05 al-Sâlih Ayyûb

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

6/ front Est de l’enceinte avec la tour semi-circulaire T04

 

7/ front Nord avec les archères le long de la Barada

8/ front Nord le long de la Barada

9/ front Nord le long de la Barada, vers Bâb al-Salam

10/ front Nord entre Bâb Tûmâ et  Bâb al-Salam

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

11/ front Nord, décret vers Bâb Tûmâ

 

12/ front Sud-Est, tour T06

13/ Bâb al-Faraj, édifice d’angle fortifié

14/ front Sud-Est après les fouilles

15/ front Sud-Est, tour T10 Nûr al-Dîn

 

 

 

 

 

 

 

16/ front Nord-Est, tour T01

 

17/ front Nord-Est, tour T01, sondage

 

 

 

 

 

 

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[1] Les portes font l’objet de fiches séparées.

[2] Sur le tracé antique de l’enceinte de Damas, voir Sauvaget (1949), p.314-358, Will (1994), p.1-43.

[3] Sur la période Seljukîde de Damas, voir Mouton (1994).

[4] Aujourd’hui elle se trouve dans la cour d’un commerce au n°32 de l’actuelle rue Darwishiye, au sud de Bâb al-Jabîya. Voir l’inscription de construction sur la porte (RCEA 3308). 

[5] Deux barbacanes sont avérées : à Bâb al-Jabîya par une inscription (RCEA 3263), et à Bâb Sharqî par des photographies et gravures du 19e siècle, voir el-Hage (2000), Lortet (1884), Braune (1999), p.67-85 et Félix Bonfils notamment.

[6] Pour les machines de guerre, voir les travaux de Chevedden (2000), p.71-116 ; et (2004), p.227-278, pour la poliorcétique au temps de Saladin, voir Michaudel (2009), p.245-273.

[7] Voir Korn (2004), dam n°37, 49.

[8] Voir Humphrey’s (1977) pour le contexte historique et Korn (2004) pour les restaurations ayyûbides.

[9] Voir Korn (2004), dam n°124.

[10] Voir Korn (2004), dam n°125 et les résultats des fouilles dans Dabbour (2006) et Dayoub (2006).

[11] Voir Korn (2004), dam n°216, RCEA 4198, 4282.

[12] Voir Braune (1999), p.67-85 ;  Braune (2000), p.180-187 ;  Braune (2008), p.202-211.

Dabbour (2006), Dayoub (2006) pour les fouilles de 2004-2005.

Mouton/Guilhot (2010), p.39-50 pour les sondages de l’été 2009. 

[13] Texte d’après RCEA 5291.